Presse


Libération, Sommaire Eté 2001

 
 
Quartiers d'été

Le village du bout de la terre d'Eric Rolland

Eclairagiste, peintre et dessinateur, Eric Rolland nous offre un voyage poétique dans un village de la presqu'île de Crozon, dans la maison «où se couche le soleil» et où il aime passer ses vacances.

Le 16 juillet 2001
 

 

 

Les cinq lieux incontournables d'Eric Rolland

- La plage de l'Aber, pour le site, mais surtout ses énormes télines (poulic en breton !!!), qui me ramènent à ma Camargue natale.

- L'Abbaye de Daoulas (hors de la presqu'île), pour le site, ses jardins, l'architecture et la qualité exceptionnelle des expositions thématiques (documentaire, scénographie, lumière...) sur des peuplades minoritaires.

- Le village du Fret, embarcadère pour Brest, palourdes et huitres sauvages et pêche à la tarlutte (hameçon à calamar).

- Visite obligatoire à Camaret, viviers à langouste, très belle chapelle et parfois le bateau de Jean-Louis Etienne. Il y a aussi un pub sympa avec de la bonne bière bretonne (cervoise, bière de blé noir).

- En été il y a les mardis de Morgat, concert gratui de bonne musique face à la plage er... irish coffee.

Eric Rolland est un artiste touche-à-tout. Curieux de travailler sur tout support, cet Arlésien de 45 ans a exposé ses toiles lors de plusieurs festivals d'art contemporain. Ses oeuvres, baignées de lumière, l'ont également inspiré dans son travail d'éclairagiste; il est notamment l'auteur de la mise en lumière permanente de la Primatiale Saint-Trophime d'Arles, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.
Dessinateur averti, et poète à ses heures perdues, Eric Rolland s'est déjà fendu de 9 livres pour la jeunesse. Depuis 1987, avec sa famille, il passe régulièrement ses vacances dans le village de Rostudel, en Bretagne, aux confins du Finistère. C'est «un village au bout de la terre, le dernier de la presqu'île de Crozon, dans la dernière maison, avant l'océan.» Il propose un voyage poétique et imagé de ce lieu qui abrite la maison «où se couche le soleil».


A Jeannet
A Pierre, marin pêcheur

Lá bas, le soleil est blanc - lá oú l'océan jalouse la terre -
Regarde !
Les étoiles marchent sur la lande et la lune sans visage mange les restes des matins de brume.

Ecoute !

Goûte la lumière des ombres qui s'inversent !
Au bout de la terre, le peuple des pierres droites dessine l'horizon d'en haut.
Là haut, on marche sur le ciel et la mer chavire les nuages paresseux.
A Rostudel, les maisons s'abaissent vers la terre... et le temps change pour oublier l'immuable.

J'ai voyagé sur le sable doux, écorce des falaises, antique rempart de la ville d'Ys.
En mer d'Iroise, de Douarnenez à la Pointe St Matthieu, la langue des phares m'a raconté la ville engloutie.
Au Cap de la Chèvre j'ai compris que le soleil s'enfonce dans la terre pour caresser l'os de l'âme...
et j'ai écrit le paysage d'un trait d'encre parce que la pierre noire brille en pleine lumière.

Viens voir !
Dans la presqu'île, les hommes chantent les rêves qui s'enfuient à la première lueur, des rêves chargés d'histoires sombres et de légendes dorées.
Sur cette terre océan, on navigue avec des bateaux rongés par le sel gris des jours sans fin et l'odeur de la pluie couvre la bruyère du violet et du jaune que le peintre sais voir d'un oeil gourmand.

Prends !
Le ciel est grand de gauche à droite.
Accroché au bord des lèvres, il murmure le vent d'une fin terre.

Du haut de la falaise, j'ai entendu l'homme juste, celui qui marche sur les vagues et embrasse les tempêtes. Marée ! pourquoi la veuve ne pleure-t-elle pas son marin ?

Sang brun d'une terre généreuse - j'ai partagé les sucres des baies empruntées à l'épine.
Or jaune des sages - j'ai bu le miel des songes.
Dans l'oeil de goéland, j'ai vu la couleur des origines, le pays neuf.
Outremer !

Va !
Va, là où les saisons se confondent, où l'amitié invente le passé des heures bonnes.

Viens, au foyer de la maison sans porte !

Fées, magiciens, miniatures de tous âges - entrez et racontez moi encore l'heure bleue des nuits aveugles.